Pierre passe beaucoup de temps en ce moment en missions à l'extérieur de Belém, mais voyons le bon côté des choses: il
accumule plein de points sur la TAM (la compagnie brésilienne)! Du coup j'en ai profité pour le rejoindre à Manaus, quelques 2000 km en amont de l'Amazone, pour un week-end prolongé à la
découverte de cette autre capitale amazonienne…
J'ai vite compris que Belém et Manaus se ressemblaient beaucoup, à commencer par le climat! Etape préliminaire à ma
journée de visite de la ville: achat d'un parapluie qui n'aura pas chômé de toute la journée du jeudi!!
Comme Belém, Manaus a connu un boum faramineux et prestigieux grâce au caoutchouc. Au début des années 1900, ces deux
villes se disputaient les célébrités européennes, volaient la vedette à Rio et Sao Paulo, envoyaient le linge sale des barons du caoutchouc se laver de l'autre côté de l'Atlantique et voyaient de
magnifiques maisons coloniales se construire dans les matériaux les plus nobles et encore une fois européens! Elles connaitront aussi toute les deux une fin brutale et tragique peu de temps
après, quand le caoutchouc sera implanté en Asie, mais elles cachent encore quelques vestiges de cette belle époque…
Le mot "cacher" est particulièrement approprié vu le nombre de "camelote" (c'est le terme brésilien pour désigner ces
stands de rue qui ne vendent que de la camelote justement!) qui envahissent presque tous les trottoirs de la ville… Si bien installés qu'ils laissent même leur marchandise sur place en
permanence!

Manaus aussi a un grand marché de l'époque mais qui a beaucoup plus souffert que celui de Belém. On ne devine plus que
la structure noyée au milieu des vendeurs qui ont dû s'installer à l'extérieur. On y retrouve les herbes et les épices typiques de l'Amazone, comme le fameux jambu qui titille les papilles et
fait frémir de plaisir les moustaches de JP! Et puis j'ai adoré la grande allée de la confrontation où bouchers et poissonniers se font face.

Le port de passagers est impressionnant aussi. Impossible de faire Manaus-Belém par la route; reste l'avion (2h) ou le
bateau (5jours!). Ici, le bateau reste un des grands moyens de transport entre de nombreuses villes de la région alors c'est un vrai micmac de bateaux à quais et un grouillement
permanent.

Manaus est surtout très connue pour son splendide théâtre, là encore de la même époque que mon Teatro da Paz! Ici,
c'est le Teatro Amazonas, construit en 1896, avec sa superbe coupole-drapeau. La salle de spectacle est plus petite et plus ronde que celle du Teatro da Paz, ce qui donne un effet douillet
d'intimité, et les peintures au plafond renvoie le public sous les pieds de la Tour Eiffel! Et puis il y a aussi une superbe salle de bal pour les entractes…


Juste devant le théâtre, une très jolie place avec de petites maisons coloniales et un dallage qui fait drôlement
penser aux célèbres vagues de la promenade de bord de mer de Copacabana. Et bien figurez-vous que ce sont les carioca qui ont piqué l'idée aux amazoniens!

Le samedi, fini les rendez-vous de boulot pour mon chéri alors je l'emmène pour une journée sur le fleuve. On a encore
bien du mal à se faire à sa largeur… Toujours aussi surprenant de croiser de gros bateaux porte-conteneurs ou autres, et surtout de voir comme ils font ridicules sur cette Amazone. Et encore,
imaginez, nous sommes à plus de 2000 km de son embouchure!

Un arrêt à la station service flottante et un autre au marché spécial bateaux.

Nous voilà au niveau de la rencontre des eaux: Manaus est sur le Rio Negro, quelques km au dessus du Rio Solimões, qui
n'est autre que la partie amont de l'Amazone. Sa couleur gadoue le trahit! Impossible de confondre les 2 fleuves, la différence est trop marquée. Et à la rencontre, on croirait des nuages de lait
dans le café!

On quitte le Rio Negro, trop acide pour plaire à la faune locale, et on s'enfonce un peu sur le Solimões bordé de
maisons en bois flottantes. Deux jeunes sur une pirogue nous font signe. On s'approche et ils nous tendent leurs trouvailles du jour… Je laisse Pierre sympathiser avec le cobra et le fils de
notre guide avec le bébé croco, pendant que moi je me dévoue pour dompter le féroce et imprévisible bébé paresseux!!! Un amour! Tellement calme, impossible de savoir s'il était un tantinet
stressé par cette rencontre…



Je me suis brisée le cœur au moment de me séparer de cette petite boule de poils mais je me voyais mal expliquer à
l'aéroport que ce n'était pas du trafic d'animaux sauvages mais juste un coup de foudre… Bref, on a continué notre périple, à l'affut d'autres curiosités et ça ne manque pas! En plus tout est
démesuré ici, que ce soit au niveau taille ou au niveau couleurs: martin pêcheur, pic, iguane, arbre barboteur, nénufars (Victoria Regia), sauterelle. Imaginez seulement qu'en période de hautes
eaux le niveau monte encore de 3-4 mètres! On voyait la marque sur les troncs, impressionnant!


On s'est essayé à la pêche au piranha mais il nous a manqué de sang frais: la mère de notre guide avait fait mariné
notre poisson-appât dans le citron! Finalement, notre plus belle prise sera ce poisson fou qui sautera directement dans la pirogue…

Retour sur Manaus au coucher du soleil.

L'Amazone n'est pas très différente entre Manaus et Belém: même immensité, même ambiance, même animaux. Mais c'est
toujours avec autant d'émotion que l'on découvre ce spectacle sauvage et envoutant. Une pure merveille!