Jamais j'aurais imaginé reprendre autant la danse et alors remonter sur scène, à l'étranger qui plus est et dans un
illustre théâtre!... C'est comme un rêve, que du bonheur!!
Cette expérience, tombée du ciel puisqu'on a été appelés 3 semaines seulement avant le spectacle et que je me suis
juste trouvée au bon endroit au bon moment, est un bouquet de premières fois.
Première fois que je danse dans un théâtre aussi beau. Il date de la période faste de Belém, au début des années 1900,
quand le caoutchouc était encore une exclusivité de l'Amazonie et que toute l'Europe visitait cette ville alors une des plus développée du Brésil: la "Belle Epoque" comme disent les brésiliens
avec drôle d'accent. (Vu, quand c'est chic, c'est français!)
Hall d'entrée grandiose, matériaux nobles (marbre, bois d'Amazonie, mosaïques, miroirs, cristal et feutre rouge sang),
parquet en marquèterie, enfilades de balcons majestueux, et fresques au plafond de la grande salle et des balcons mais aussi devant le rideau… Un bijou!
Et puis c'est un vrai théâtre à l'ancienne, dans les règles de l'art. Toute petite, dans mes cours de danse, pour nous
demander d'avancer, on nous disait de "descendre" et pour reculer, de "monter". On nous avait expliqué qu'avant les scènes étaient inclinées vers l'avant pour que le public voit mieux. Et bien,
ça y est, je l'ai vu de mes yeux, première fois que je trouve un de ces théâtres de guingois! Voyez comme les rideaux des coulisses sont droits et comme les planches tanguent. Une sacrée pente
quand même, qui perturbe quelque peu la chorégraphie!...
Voilà le mic mac de cordes pour actionner les décor et faire voyager le public. Les tous premiers spectateurs
d'ailleurs sont posés à même la scène, en-dessous de laquelle s'enfouit l'orchestre.
Première fois aussi et grande expérience que de danser au rythme des musiciens. Un CD ne vous surprendra jamais, mais
les instruments eux vibrent au fil de l'humeur de leur chef d'orchestre, et aucun spectacle ne se ressemble!
Je n'avais encore jamais non plus participé dans une si grande production, ni dans un opéra! Entre le chœur et les
solistes, ça faisait une bonne troupe. Ensuite, un superbe travail de costumes et de décors, et une bande de maquilleurs folles. Le concept: un festival brésilien en Amazonie, présentant un opéra
français (Roméo et Juliette), mis en scène par un américain loufoque et incapable de communiquer directement avec ses chanteurs. Ca ne pouvait être qu'un chef d'œuvre!
On a été prévenus vraiment à la dernière minute qu'ils voulaient des danseurs pour le bal des Capulets du premier
acte, mais heureusement on a eu un bon nombre de répétitions. J'ai d'ailleurs bien profité de la générale, la der des ders qui sert surtout à évacuer les dernières bourdes: j'ai fini robe
déchirée et culote à l'air sur le devant de la scène!! Alors après, ça ne pouvais qu'être mieux!... En tout cas, nos entrechats ont tellement séduits qu'on a fini dans le journal (je suis la
fille la plus à gauche de la photo!). Bon, ils ont juste oublié de préciser que nous étions une compagnie internationale de danse!...
Enfin, sur un total de 4 représentations, j'ai réussi à attirer pas mal d'admirateurs et je les remercie tous de leur
venue! Ce retour sur les planches, plus qu'inespéré, me laisse un souvenir merveilleux. Mais mon plus grand plaisir restera d'avoir découvert qu'autant d'étoiles pouvaient briller dans les yeux
de mon amour d'admirateur…